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5 sens : Dakar-Gorée Jazz Festival, deuxième édition

« Même si on est très religieux, on doit aimer la musique »

Le week-end du 5 au 7 février se tenait, à la Maison de la Culture Douta Seck, le Dakar-Gorée Jazz Festival. La deuxième édition s’étalait sur quatre jours : deux soirées de concert vendredi 5 et samedi 6, un pèlerinage à Thietou le dimanche, et une visite de l’île de Gorée le lendemain. Retour sur la soirée d’ouverture, vendredi soir, où de grands noms du jazz ont fait swinguer le public.

C’est encore l’heure des réglages son et lumière à 20 heures. Les sièges vert fluo sont pratiquement tous vides. Ici où là des gens sont assis, du public ? des techniciens ? On ne sait pas. Le pianiste et le contrebassiste du batteur de renom Cheikh Tidiane Fall répètent avant la représentation. Une mise en bouche sonore qui incite à prendre un siège et se laisser emporter.

 

Puis une petite visite des lieux s’impose. Passée l’entrée où l’on achète son billet, il faut contourner la Maison de la Culture pour se rendre dans le jardin de derrière. Ici est installée la scène, entourée de palmier. On ne l’aperçoit pas au départ mais sur le côté gauche de la zone de spectacle, derrière une haie d’arbres et de buissons, une autre cour s’étend où sont placés la buvette et le coin restaurant. Deux ou trois stands d’artisans sont éparpillés sur les côtés de la Maison, un souhait du président du festival Amadou Koly Niang, veste et béret kaki.

C’est par amour pour la musique en général et pour le jazz, que M. Niang a souhaité renouveler l’expérience du Dakar-Gorée Festival. « J’attends beaucoup de cet événement parce que d’abord ça a un but très culturel, touristique et peut-être artisanal puisque nous voulons que les artisans puissent bénéficier des personnes qui viennent assister à ce concert. » Le président espère accueillir pour le vendredi soir environ deux cents personnes. « L’année dernière il n’y avait pas beaucoup de monde parce qu’il n’y avait pas assez de publicité et on était pas bien préparés. Vous savez le festival prendra son essor dans cinq ans » prévoit-il. Mais cette année, l’organisation a été simplifiéé grâce à l’aide du Ministère de la Culture qui leur a fourni le lieu et facilité l’accès aux instruments ; mais aussi grâce à la compagnie Royal Air Maroc qui a payé tous les billets d’avions pour faire venir les artistes. « Nous sommes très satisfaits car les artistes qui vont se produire sont des artistes de renommée internationale. » : le fils de Roy Haynes (batteur), Essiet Okun Essiet (un des meilleurs bassistes du monde), Azar Lawrence (saxophoniste de Miles Davis), etc.

 

Extraits choisis

Mais place à la musique. Il est presque 22 heures, le concert commence avec l’Orchestre national du Sénégal. Ils sont une petite dizaine sur scène. Le rythme endiablé du saxophone nous fait swinguer sur place, la voix de tête du chanteur nous transporte. Les musiciens se lancent des regards amusés dans cette impression de bœuf improvisé. Encore peu de monde, la moitié des chaises sont vides, mais l’appel de la musique les incite à venir. Ils sont déjà plus nombreux lorsque Cheikh Tidiane Fall entre en scène. Le batteur rejoint le pianiste, Karim Blad et le fameux bassiste Essiet Essiet pour un trio du tonnerre. Entre chaque morceau, Cheikh Fall vient amicalement parler avec son public : « Ça fait longtemps que je n’ai pas joué ici. […] Aujourd’hui c’est un régal » se confie-t-il avant de se réinstaller derrière la batterie. Pendant un morceau qu’il a composé à la Nouvelle-Orléans, Fall accompagne le solo de bassiste qui entre littéralement en transe. Les yeux clos, la tête secouée de spasmes au rythme de la musique, les doigt d’Eissiet courent et se désarticulent sur la contrebasse, sous le regard amusé et bienveillant du batteur.

C’est ensuite au tour de la band de Craig Holiday Haynes. Du beau monde autour du batteur : Eissiet est resté, le pianiste Benito Gonzalez, le saxophoniste Jay Rodriguez et le trompettiste Duke Jones. Tous sont en parfaite osmose et font se lever le public à plusieurs reprise. Un homme ira même jusqu’à l’avant-scène pour effectuer quelques pas de danse. Azar Lawrence monte sur scène le temps d’un morceau. Toujours dans une sorte de bœuf entre amis, chacun des artistes aura droit à son solo. Benito Gonzalez est inarrêtable. Le pianiste, qui intègre des tonalités de bossa nova dans les morceaux, fait courir ses doigts sur chacune des touches du clavier pendant au moins trois minutes.

 

La diva Windy Barnes Farrell rejoint ensuite le groupe. C’est sa première venue sur le continent et transmet au public tout son amour pour « la Terre mère. » Robe mêlant vert émeraude et pourpre, entourée de tulle violet, assorti à ses cheveux, la diva enflamme la scène tant visuellement qu’artistiquement. Voix puissante, de belles harmoniques et une tessiture assez large. Entre deux morceaux, elle raconte avoir été invitée chez le président du festival et que la cuisine de sa femme était excellente. Puis, lors du morceau suivant, un homme se place sur l’avant-scène et entame une chorégraphie improvisée. Windy Barnes, qui était de dos, écarquille les yeux en le découvrant et découvre un large sourire. Elle remerciera chaleureusement le jeune homme et l’invitera même à la rejoindre sur scène pour son dernier morceau.

 

Dernière artiste à rejoindre Craig Haynes et sa bande, Nancy Murillo. Colombienne d’origine, la jeune femme est une véritable pile. Son énergie déborde et est très contagieuse. De plus, l’influence hispanique qu’elle apporte au swing du jazz ne peut qu’inciter à danser. Et c’est ce que feront quelques personnes au premier rang, ainsi qu’Amadou Koly Niang qui viendra sur scène exécuter quelques pas avec la chanteuse.


Il est 1 heure, la voix de Nancy Murillo nous réchauffe encore avec les sonorités salsa de son jazz, et nous conduit joyeusement vers la sortie. La troisième édition aura lieu l’année prochaine vers la fin du mois de février. Une occasion de revenir faire une parenthèse musicale avec sa famille et ses amis.

  • Deuxième édition du Dakar-Gorée Jazz Festival
  • Répétitions
  • Karim Blad
  • Eissiet Okun Eissiet
  • Cheikh Tidiane Fall
  • Régie
  • Stand d'un artisan
  • Début de la soirée
  • L'Orchestre national du Sénégal
  • Trio Blad, Fall, Eissiet
  • Craig Holiday Haynes and his band
  • Jay Rodriguez
  • Duke Jones & Craing Haynes
  • Azar Lawrence
  • Windy Barnes Farrell
  • Nancy Murillo
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Publié via lesoleilonline

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