À lire d'urgence

5 sens : Il était une fois, à Toronto…

… un bassiste, la fille de ses rêves, et les sept ex-maléfiques de celle-ci.

Que dire de Bryan Lee O’Maley ? C’est un musicos inconditionnel, un geek né au Canada en 1979, qui a une « petite passion » pour la cuisine, et qui porte le même nom qu’un célèbre Aristochat. Bon. Ah, il est aussi sorti avec une fille au début des années 2000. Ses trois précédents petits copains s’appelaient tous Matt. Anecdotique ? Ça aurait pu l’être, si Bryan n’avait pas pensé, pour rire, « Ces trois types […] pourraient peut être se liguer contre moi », et débuté par la même occasion, le cheminement qui allait mener à un petit bijou de la BD moderne : Scott Pilgrim.

 

Les 6 tomes de Scott Pilgrim

Les 6 tomes de Scott Pilgrim

 

L’histoire

Scott Pilgrim, 23 ans, vit à Toronto. Depuis quelques temps, il sort avec Knives, une lycéenne de 17 ans d’origine chinoise. Si cette relation est assez mal vue par son entourage, Scott s’en fiche. Platonique et innocente, celle-ci semble lui convenir, à lui le partisan du moindre effort toujours efficace lorsqu’il s’agit d’esquiver les problèmes. Accessoirement, Scott est le bassiste du groupe Sex Bob-omb. Bref, tout va bien dans sa petite vie.

Sauf qu’il commence à rêver d’une fille qui fait du roller dans un désert, et qui a l’air de bien lui plaire. Et sauf qu’il finit par la rencontrer In Real Life, tombant instantanément en admiration béate devant elle. Elle, c’est Ramona Flowers, livreuse chez Amazon, les cheveux couleur… variable, briseuse de cœurs, et tout juste séparée d’un mystérieux personnage nommé Gidéon. Par un ingénieux stratagème, Scott parvient à entrer en contact avec Ramona, et les deux commencent lentement mais sûrement à sortir ensemble. C’est là que Scott découvre que, pour la conquérir totalement, il faudra d’abord qu’il batte chacun(e) de ses sept ex-maléfiques, tous dotés de pouvoirs tout droit sortis de la culture pop. Cette « ligue », est par ailleurs menée par un certain… Gidéon.

Geekophilia

Scott Pilgrim est un véritable condensé de culture pop. Au delà de l’intrigue, calquée sur la structure d’un jeu vidéo, des centaines de références se cachent ici et là, en arrière-plan de la quête du héros éponyme. Les tendances y sont reprises et moquées. Un exemple ? Le trash métal dépressif très cold wave, avec le groupe Crash and the boys qui entonne le tube (de 0,4 secondes) « J’suis tellement triste d’être tellement triste », enchaîné avec l’étrange « On te hait, crève s’il te plait », avant d’achever (littéralement) leur audience avec « La dernière chanson tue le public » qui laisse tout le monde dans la salle… raide mort. Un autre exemple ? Todd, l’ex-maléfique qui tient ses pouvoirs surpuissants de son régime végétalien. Bref, un joyeux mélange d’absurde et de références parfaitement dosé.

 

Crash and the Boys

Crash and the Boys

 

Le vegan-powered, Todd

Le vegan-powered, Todd

 

Mais le plus intéressant, c’est que nous ne sommes pas dans une oeuvre comme Fanboysqui basait son intrigue sur le fan-service. Ici, la pop culture constitue bien le décor référentiel de la narration, mais elle fait aussi bien plus que cela : elle s’infiltre à l’intérieur, transformant ce qui aurait pu être un simple récit comique ultra-référencé en un univers complètement délirant dans lesquelles les règles des comics de super-héros, des jeux vidéos ou de la science-fiction, s’appliquent au même titre que nos règles véritables. C’est ce décalage qui fait le sel de Scott Pilgrim, car il s’ajoute à un ressort comique qui fait toujours mouche : la destruction du Quatrième Mur.

Le Quatrième mur, c’est cette séparation invisible entre le lecteur/spectateur et le personnage d’une fiction. Si le mur est brisé, alors le personnage prend conscience de son statut de héros fictif. Et Scott Pilgrim est bourré de ce type de situation.  Comme ici par exemple :

 

Kim : Alors, comment vous êtes vous rencontrés ? Ramona : Hum, c'est assez compliqué.. Scott : T'as qu'à lire le bouquin à l'occase.

Kim : Alors, comment vous êtes vous rencontrés ?
Ramona : Hum, c’est assez compliqué..
Scott : T’as qu’à lire le bouquin à l’occase.

 

C’est ce type de gag qui fait de cette BD bien plus qu’un simple étalage complaisant de références. O’Malley a 25 ans quand le premier tome paraît. C’est l’âge idéal, car même s’il baigne encore dans une sorte de post-adolescence remplie de tout cet univers référentiel,  il a tout de même eu le temps de le digérer, et de prendre du recul, ce qui, de fait, transforme cette oeuvre en un miroir pour toute une génération. Une génération, en l’occurrence, formée par les jeux vidéos d’arcade, Internet et toute la culture qui va avec, une génération qui crée des personnages gays sans pour autant que ceux-ci soient uniquement définis par leur orientation sexuelle (Wallace, le colocataire de Scott)… et également une génération qui galère, coincée entre le rêve de devenir une rock-star et un job de plongeur dans un restaurant végétarien.

« Un grand pouvoir implique des produits dérivés »

Concluons en évoquant rapidement les adaptations que Scott Pilgrim a connu. Avec d’abord Scott Pilgrim contre le Monde, le jeu, jeu vidéo sorti en 2010, assez fidèle à l’esprit du comics puisque reprenant la structure d’un jeu d’arcade, avec des graphismes en 8-bit.

 

En plus la carte ressemble à celle de Pokémon !

En plus la carte ressemble à celle de Pokémon !

 

Et pour finir, l’adaptation ultime, un film sorti également en 2010, et qui est certainement l’une des meilleures adaptations d’un comic-book à ce jour, tant le réalisateur, le génial Edgar Wright, a su reprendre à sa sauce les éléments essentiels du support d’origine, tout en le condensant en moins de deux heures, le tout avec des acteurs aussi épatants que Michael Cera, Jason Schwartzman, Mary Elizabeth Winstead, Alison Pill ou Kieran Culkin (oui oui, le frère de Macaulay, héros de Maman j’ai raté l’avion). Pour vous donner envie de le voir, nous allons faire plus que juste vous montrer la bande-annonce. Voici donc l’épisode de l’excellente émission Crossed, sur Scott Pilgrim.

 

 

Oh, et n’oubliez pas :

 

WE are lesbians with you.

 

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