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5 sens : Léa, 18 ans, disparue

Alerte enlèvement sur France 2

Nouvelle production de la chaîne publique, Disparue présente, en huit épisodes de 52 min, le drame de la famille Morel. Léa ne rentre pas chez elle le soir de ses 18 ans. Plus qu’une enquête, la mini-série plonge le spectateur dans une famille déchirée.

 

Connaît-on vraiment ceux qu’on aime ?

Le soir de la fête de la musique, Léa Morel fête sa majorité avec ses amis, son petit copain, à un concert organisé dans un parc de Lyon. Censée rentrer à 2 heures, la jeune fille ne donne aucun signe de vie au bout d’une heure, de trois, ni même le lendemain, le surlendemain… Ses parents vont naturellement à la gendarmerie signaler la disparition et l’enquête de l’inspecteur Molina débute.

Une enquête quelconque ? Du déjà vu ? Pas vraiment. Car s’il est question d’une disparue, la punchline « Connaît-on vraiment ceux qu’on aime ? » va prendre tout son sens au fil des épisodes. Le drame qui se joue au sein de la famille Morel va déclencher une réaction en chaîne dans laquelle le spectateur va se perdre en suppositions. Comme dans une enquête d’Hercule Poirot, toutes les personnes gravitant dans le cercle de la jeune fille enlevée sont suspects.

 

Dans sa construction, la série reprend les effets d’expectation des grosses productions américaines, ce qui manquait cruellement aux séries françaises jusqu’à maintenant. Les scénaristes, Marie Deshaires et Catherine Touzet, confiaient à Alessandra Sublet, dans Un soir à la Tour Eiffel, que le format de la série (huit épisodes de 52 minutes) faisait aussi que le spectateur devait rester en haleine du début à la fin. Et avoir cette impatience de connaître la suite pendant l’attente entre les épisodes.

La distribution est surprenante. Les rôles des trois personnages principaux, les parents et l’inspecteur, ont été attribués à des acteurs qui ne sont pas adeptes du genre de la série. Alix Poisson joue de nouveau une mère, mais sa vie de famille dans Parents mode d’emploi, le soir entre le 20 heures et la météo, est bien plus détendue et amusante. Pierre-François Martin-Laval (Pef) et François-Xavier Demaison sont eux plus familier du théâtre burlesque pour l’un et du one man show pour l’autre. Il n’empêche que ces trois acteurs venus de la comédie offrent une performance poignante sans surjouer la douleur pour les rôles des parents et sans tomber dans le stéréotype de l’inspecteur de police pour François-Xavier Demaison.

Disparue EP1

Chris et Zoé (à gauche) sont cousines. La petite est la sœur de Léa et Chris est également la meilleure amie de la jeune fille disparue.

 

Devant cette distribution principale solide, les personnages secondaires n’en sont pas moins charismatiques. Ils ne sont jamais évincés de l’enquête et on s’attache à eux aussi facilement puisqu’on ne sait jamais s’ils ont dit toute la vérité sur leur passé et ce qu’ils faisaient le soir de l’enlèvement. Même la petite Zoé, 8 ans et donc forcément hors de la liste des suspects, joue un rôle de canalisateur des émotions de la famille, souvent présente aux moments où l’un des parents est sur le point de craquer nerveusement.

Autour de l’enlèvement se créent donc des histoires parallèles, toutes en lien avec Léa, qui apportent des éclairages pour l’enquête, certes, mais qui soulèvent d’autant plus de questions. Les parents ne sont pas épargnés et placés en victimes des histoires familiales…

 

Série connectée

Comme il est aujourd’hui complètement improbable de regarder une émission télévisée sans avoir l’œil sur le live tweet en train d’avoir lieu pour donner son avis sur ce qu’on regarde en direct, la production a donc offert des exclusivités à ses twittos. Au lieu de tweeter uniquement sur l’action en cours – publier « L’enquêtrice vient de transmettre son rapport à Molina #DISPARUE » alors qu’on le voit de nos propres yeux – les tweets vont parfois apporter des informations supplémentaires que les spectateurs non connectés ne verront pas.

  En dehors des photos des preuves, on pourra parfois avoir accès aux rapports de police, ceux des légistes, etc. Et, sans trop en dire, là où les personnages ne liront que les premières phrases d’une lettre dans l’épisode, les twittos auront accès à la lettre entière. Ces éléments supplémentaires ne sont pas indispensables pour comprendre le série bien sûr, mais ils apportent une valeur ajoutée appréciable dans le but de nous mettre au cœur de l’intrigue et donc renforcer notre addiction au programme.

L’idée n’est pas novatrice puisque déjà largement utilisée dans le storytelling de nombreuses séries américaines. France 2 s’y était déjà employé dans la série précédant Disparue, Les Témoins avec Thierry Lhermite. Depuis le début de l’année, la chaîne en est à sa troisième série originale avec Disparue. Et les audiences suivent ! Chefs, avec Clovis Cornillac, diffusée sur trois soirées, avait rassemblé en moyenne 3,9 millions de téléspectateurs chaque mercredi soir ; 4,3 millions pour Les Témoins sur les six épisodes proposés. Et pour le sixième, mais pas dernier, épisode de Disparue, diffusé le 7 mai dernier, les audiences atteignaient 5,4 millions de téléspectateurs, dépassant TF1 et Grey’s Anatomy !

     

L’avis de (L)aTTitudes

Bien qu’on espère qu’aucune famille n’ait jamais eu à vivre un tel drame avec autant de problèmes en parallèle, cette série touche par son authenticité et nous fait, mine de rien, nous poser des questions sur la part de sincérité et de mensonges que l’on montre auprès de nos proches et inversement. Le côté cathartique de la série touchera n’importe qui : la mère de famille en priorité, le père également, mais aussi n’importe quel jeune de l’âge de Léa. En dehors de l’histoire, on retient également la performance de tous les acteurs et la découverte du jeu de certains qui évoluent dans un monde qui ne leur était pas familier au départ. La série se termine dans quatre jours, mercredi 13 mai. Nous n’espérons que deux choses : que le final soit digne de cette tragédie moderne et que, comme nous, vous serez devant votre poste.      

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