À lire d'urgence

5 sens : « Salut à tous ici Karim Debbache… »

Quand cinéma et jeu vidéo dialoguent

Alors que le jeu vidéo commence doucement mais sûrement à se faire une place de choix dans le spectre des arts, il était temps que quelqu’un se mette à mêler ce média vidéoludique à ses homologues. Certains s’intéressent au rapport entre la musique et le jeu vidéo, d’autres vont chercher des références littéraires dans le jeu vidéo, mais le rapport entre le cinéma et le jeu vidéo n’avait pas encore été, à quelques exceptions près (que nous découvrirons avec plaisir si toi, lecteur, veut partager ton savoir), théorisé de manière aussi intéressante et ludique que l’a fait l’émission dont nous allons parler aujourd’hui. Quand un chroniqueur du site jeuxvideo.com au talent d’écriture certain décide de mêler sa passion pour Mario Bros et son adoration du 7ème art, ça donne ça. « Mesdames et Messieurs, bienvenue dans Crossed. »

Karim Debbache

Karim Debbache, génie visionnaire.

Qui es-tu, Karim Debbache ?

A l’origine et à la présentation de cette chronique lancée le 6 février 2013 sur jeuxvideo.com, on retrouve donc un petit gars marrant avec une barbichette, Karim Debbache. Ce dernier, travaillant à la base sur deux autres émissions bien connues, 3615 Usul et Le Joueur du Grenier, révèle avec Crossed un véritable talent d’écriture comico-didactive qui fait de cette série de 28 chroniques l’une des plus unanimement appréciées de la sphère web française. Pourquoi ce succès me direz-vous ? La raison est toute simple : contrairement à la plupart des films qu’il évoque, Crossed possède une identité très forte construite par Karim Debbache et ses acolytes, Gilles Stella et Jérémy Morvan pour ne citer qu’eux. Montage nerveux, humour absurde, auto-dérision et honnêteté à toute épreuve (cf. une déclaration d’amour pour Jean-Claude Van Damme dans l’un des épisodes) sont les piliers de cette émission haute en couleurs et en références. L’expression « fait avec amour » peut paraître un peu surannée, mais c’est pourtant l’impression qui ressort après visionnage. Chaque épisode a fait l’objet d’une réflexion, d’un effort d’écriture et de réalisation technique rare dans l’univers du podcast vidéo. C’est bien simple, sur les 28 chroniques, aucune ne déçoit. Le choix même d’en produire 28 et pas une de plus révèle un certain soucis de ne pas se répéter et de livrer un résultat qualitatif.

L’introduction de la troisième chronique de Crossed, portant sur Silent Hill, résume bien l’esprit de la série : une bande de pote, une écriture et une réalisation soignées, un humour bardé de références et une ambition purement cinéphilique, loin de toute critique gratuite.

Art de la critique …

On reproche souvent aux YouTubeurs critiques une certaine gratuité, à grands coups de « Si t’aimes pas pourquoi t’essayes pas de faire mieux abruti ?? ». Karim Debbache, en toute logique, n’a jamais été l’objet de telles attaques, et pour cause. Comme souligné plus haut, Crossed essaye en effet de rester objectif dans la limite du possible. Le sujet auquel il s’attaque n’était pourtant pas facilement abordable, tant les jeux vidéo ont fait l’objet d’adaptations abjectes, réduisant le plus souvent ses adeptes au statut de crétins pré-pubères avides de flingues, baston et poitrines opulentes. En cela, cette série représente en fait un changement dans la pensée collective. Ça y est, le jeu vidéo est en train de se légitimer aux côtés de ses homologues artistiques. Ce changement, il s’opère grâce donc à des gens comme Karim Debbache, mais aussi grâce à une communauté qui ne se laisse plus marcher sur les pieds et des institutions médiatiques qui se tournent peu à peu vers cet univers jusqu’ici boudé (on pense à Pixels sur le site du Monde, mais il en existe bien d’autres). Ce phénomène est en fait logique : pour la première fois, une majorité « d’actifs », dans la sphère médiatique, mais pas que, sont issus des générations « X » et « Y », nées avec les nouvelles technologies, dont le jeu vidéo est l’un des représentants les plus évidents.

Comme il l’avait souligné dans une interview, Karim Debbache, véritable enfant de la pop culture, n’a donc pas créé Crossed comme un « simple Thumbs up/down ». Ses critiques sont construites à partir d’arguments que l’on pourrait retrouver dans une critique littéraire ou même parfois, socio-historique. En voici l’exemple avec l’épisode 27, sur le cultissime Tron, dans lequel on peut entendre quelques théories passionnantes sur l’évolution de la compréhension du message du film.

… et sens de la création.

Concluons ce « 5 sens » en mettant en avant une autre composante qui fait de Crossed une émission pertinente et cohérente : la création. Comme la petite équipe l’expliquait dans la traditionnel FAQ que l’on retrouve sur la plupart des chaînes YouTube, la réalisation des épisodes de la série sont réalisés par de véritables techniciens du 7ème art (on pense en particulier à Gilles Stella, « responsable technique d’une petite boîte de post-production audiovisuelle en plein cœur de Paris »). En ressort donc, on l’a vu, une écriture/mise en scène/production impeccable pour l’émission en elle-même, mais également des séquences hilarantes, allant du jingle au lipdub mémorable, dont nous vous laissons la découverte.

En bref, Crossed, ça vaut vraiment le coup. Si vous ne connaissez pas et que vous vous intéressez au cinéma, au jeu vidéo, à la critique en général, ou aux trois, n’hésitez pas une seule seconde, on en apprend autant que dans C’est pas sorcier et Interstellar réunis. Si vous connaissiez Crossed avant de lire cet article, alors vous n’avez plus qu’à faire comme nous, revoir les épisodes en boucle en attendant la nouvelle création de Karim Debbache sur sa chaîne YouTube, qui s’annonce comme quelque chose dans le même esprit que Crossed. Dans l’attente, vous avez le droit de vous mettre en position fœtale pour pleurer, mais si vous faites ça, envoyez-nous des photos.

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