À lire d'urgence

5 sens : Une sombre lecture sans points noirs

Karine Giébel, adepte du thriller noir

Fusionnant les genres, l’auteure de Juste une ombre (Prix du polar francophone, 2012) ou, plus récemment, de Satan était un ange (Fleuve noir, novembre 2014) sait tenir son lecteur. Quelles que soient les suppositions qu’il fera sur le fin mot de l’histoire, il peut être sûr qu’elles seront fausses.

 

9782265098398

Dernier roman de Karine Giébel, paru en novembre 2014.

 

Croiser les genres

Déjà qu’il est difficile de différencier thriller, roman noir et policier, les productions de Karine Giébel ont tendance à mixer tous les codes de ces trois genres. Quand le thriller instaure une certaine tension, voire un sentiment de peur en relatant en général une traque, une torture morale, ou un engrenage fatal, le roman noir manifeste un goût prononcé pour le passé en peignant l’excès et l’horreur de manière à produire un récit où l’intrigue est souvent embrouillée, avec une volonté de produire un effet maximal sur le lecteur.

Ainsi, Karine Giébel serait adepte de ce qu’on pourrait appeler le thriller noir. Mais ce sont aussi ces codes que l’auteure casse : dans un genre où l’homme est souvent le bourreau d’une femme en détresse, l’écrivaine choisit de donner à la femme une place plus dominante, pas forcément celle du tourmenteur.

 

Obscurcir la vue

Pour lire du Giébel, il faut avant tout ne pas avoir les idées noires. Parce que, quand se mélangent dans un même livre thriller, roman noir et parfois polar et horreur, difficile de s’attendre à une fin heureuse. L’écrivaine le revendique elle-même, ses histoires ne se terminent jamais bien.

Il faut dire que le portrait de la race humaine n’est pas des plus enviable. Jamais lisses, les personnages principaux, souvent victimes, ont tous un défaut, un vice qui finit par avoir raison d’eux ; idem pour leurs adjuvants. Quant à leurs bourreaux, on en vient à espérer que leur comportement soit grossit à l’extrême pour les besoins de l’histoire. La plupart du temps, leur perversion va crescendo.

 

Sixième sens

Autant le dire tout de suite, il ne vous sera d’aucune utilité pour comprendre le dénouement avant qu’il n’arrive. Karine Giébel a le fâcheux talent d’amener son lecteur à entrevoir une piste, qu’elle va filer durant un moment, et quand la piste semble s’estomper, elle ressurgit quelques chapitres plus loin. Finalement, on ne sait jamais le fin mot de l’histoire avant qu’il soit annoncé dans la narration.

Ainsi, dans Juste une ombre, paru au Fleuve noir en 2012, le lecteur est amené à chercher, pendant 600 pages, qui peut bien suivre Cloé, jeune femme brillante travaillant dans la publicité, au point de rentrer chez elle la nuit, bouger des objets et la suivre où qu’elle aille. On ne sait même pas si, finalement, cette Cloé ne serait pas plongée dans une paranoïa puissance mille. Notre sixième sens va donc nous amener évaluer toutes les pistes qui, pour la plupart, ne seront pas avérées, enfin…

 

9782266238571

Une femme se dit harcelée mais personne ne la croit.

 

Écrire requiert de l’oreille

Confiant ses méthodes d’écriture au micro de RTL, Karine Giébel avoue aimer se plonger dans l’atmosphère de la scène qu’elle écrit. Bon, pas au point d’inviter un psychopathe chez elle pour voir ce que ça fait d’écrire sous la menace d’une tenaille prête à lui arracher les ongles. L’écrivaine préfère le calme de la nuit pour dactylographier ses fictions.

Et toujours en écoutant de la musique. Pas n’importe quoi, puisque le morceau doit lui inspirer le passage qu’elle est en train d’écrire. Ainsi, elle met dans sa playlist des pistes allant du « classique au heavy metal, par exemple, le Requiem de Mozart ou le Stabat Mater de Poulenc. »

 

Se faire une idée

Comme certains pourraient avoir peur d’être déçus au bout de 600 pages ou pour comprendre rapidement le style Giébel, nous vous conseillons Maîtres du jeu. Deux nouvelles sont regroupées sous ce titre : « Post mortem » (57 pages) et « J’aime votre peur » (54 pages). Ne cherchez pas la fin de la première avant d’y être, juste impossible. Quant à la deuxième, si vous arrivez à savoir précisément ce qu’il se passe à la fin, merci de nous contacter.

 

9782266243001

D’abord, une actrice hérite d’un inconnu, puis, un tueur traine dans une colonie de vacances.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*