À lire d'urgence

Élections générales au Royaume-Uni : à deux semaines des résultats, l’incertitude est totale

Le 7 mai prochain, les électeurs du Royaume-Uni sont appelés aux urnes pour renouveler le Parlement. Qui, de David Cameron ou de Ed Miliband, sera le premier ministre ? Comment sera composée la majorité ? Tout cela semble aujourd’hui bien flou, à deux semaines seulement des élections.

 

Les spécificités du Royaume-Uni font que des comparaisons avec la France sont souvent absurdes. En effet, le Royaume-Uni, bien qu’officiellement toujours un état unitaire, est marqué par des divisions de plus en plus sensibles entre les différents États qui composent l’Union. Si bien que les revendications régionalistes ou nationalistes risquent finalement de peser lourd au moment de faire les comptes. Car des comptes, il faudra en faire, et même en refaire, tant la perspective d’une coalition semble inéluctable. Et c’est là que les sondages nous donnent certains enseignements.

David Cameron s'apprête peut-être à dire au revoir au pouvoir

David Cameron s’apprête peut-être à dire au revoir au pouvoir.


 

 Une coalition inéluctable

D’après les derniers sondages, le Parti conservateur de centre-droit de David Cameron et le Parti travailliste de centre-gauche mené par Ed Miliband sont aux coudes-à-coudes avec environ 34% d’intentions de vote chacun. Ce seront donc les autres partis qui feront figure d’arbitres. Et c’est là que ça se complique un peu. UKIP, parti d’extrême droite mené par Nigel Farage est donné troisième avec 13% des voix, les Libéraux Démocrates – que l’on pourrait qualifier de centre incertain – arriveraient quatrièmes avec 9 % des voix, quand les Verts et les autres partis se partageraient les 10% restant. Un sacré bazar en perspective ? Certainement.

Pour bien comprendre il faut savoir qu’ici, le mode de scrutin est uninominal à un tour. Dans chaque circonscription, le candidat arrivant en tête au premier tour est élu. Le principal défaut de ce système est qu’il peut donner une majorité de sièges à un parti qui n’a recueilli qu’une minorité (moins de 50%) de voix sur l’ensemble du territoire. Il a cependant l’avantage de la facilité, de la lisibilité. On se déplace une seule fois, celui qui a le plus de voix est élu, tout le monde comprend. Il est à noter que les électeurs du Royaume-Uni ont d’ailleurs refusé, en 2011, de changer le mode de scrutin pour un mode alternatif, expliqué ici, qui semblait pourtant très intéressant.

 

Des concessions probables pour les partis historiques

Bref, pour en revenir à notre élection, on peut se poser la question de quelle coalition sera mise en place. Il est à peu près certain que UKIP arrivera en troisième position. Pour autant, on peut penser qu’aucun des deux partis  susceptibles de gouverner n’a envie aujourd’hui de faire alliance avec des eurosceptiques aux tendances racistes et réactionnaires. Même si Cameron a eu tendance, ces derniers temps, à user de la rhétorique anti-européenne pour draguer l’électorat d’extrême droite (oui, ici aussi ça se pratique ce genre de choses), il paraît, au premier abord, assez inenvisageable qu’un accord de gouvernement soit trouvé entre ces deux partis. Il reste donc les Libéraux Démocrates, qui se sont déclarés prêts à gouverner avec les deux partis majeurs ; une position évidemment très courageuse. Pour ce qui est de la gauche, Ed Miliband a signifié sa volonté de ne pas former de coalition avec le Parti nationaliste écossais (le SPN est un parti nationaliste de gauche, entendons-nous bien, et qui n’a rien à voir avec ce qu’on peut connaître des revendications séparatistes en France) pourtant en progrès constant dans les sondages. Ce choix s’explique par la volonté de Miliband de sauvegarder le Royaume Uni comme un ensemble… uni.

Ed Miliband est un mec cool, thumbs up !

Ed Miliband est un mec cool, thumbs up !


 

Alors, un ticket Conservateur + Lib Dem tel que celui qu’on connait depuis 2010 est donc tout à fait envisageable. Tout comme un ticket Labour + Lib Dem si les Travaillistes arrivent en tête. Le problème est que les projections montrent que ces deux tickets pourraient être insuffisants pour obtenir la majorité absolue si les centristes perdent des sièges au profit des partis de gauche et de l’extrême droite. Donc, si vous avez suivi jusqu’ici (dans ce cas bravo), vous aurez compris qu’on est dans l’impasse.

Finalement, l’accord de gouvernement qui se conclura, qu’il soit dominé par le Parti travailliste ou le Parti conservateur, devra possiblement être étendu soit très à gauche, soit très à droite. Cela passerait par des reniements, aussi bien pour David Cameron que pour Ed Miliband. Le Parti travailliste pourrait ainsi tourner le dos aux centristes et faire une grande coalition de gauche comprenant les Verts, le Parti régionaliste gallois et le Parti nationaliste écossais. Cela nécessiterait pour Ed Miliband, alors Premier ministre, de faire de lourdes concessions sur son programme. Il est aussi envisageable que le Parti conservateur pactise avec le diable en signant un accord de gouvernement avec UKIP et les nationalistes d’Irlande du Nord ce qui aurait nécessairement pour conséquence de remettre en cause la participation du Royaume-Uni à l’Union Européenne en organisant un référendum sur la question.

Le scrutin semble donc très incertain. Tellement incertain qu’il se pourrait bien que les électeurs ne choisissent pas le Premier ministre, mais que les leaders des « petits » partis le fassent pour eux.

 

Des jeunes parfois fâchés, mais pas indifférents

Ici, les jeunes que j’ai interrogés au sujet des élections étaient tous de gauche, mais quasiment aucun d’entre eux ne comptaient voter Miliband, n’ayant « pas pardonné les années Blair ». Cela voudrait donc dire qu’un gouvernement de gauche qui déçoit son électorat pourrait le payer cher pendant de nombreuses années ?

Pour en revenir aux Verts, plébiscités, ils ont su convaincre bon nombre de jeunes au Royaume-Uni avec un programme alléchant à la fois crédible et très progressiste. Ainsi, avec le nombre d’étudiants présents à Bristol, ils obtiendront certainement un score très important ici. Ces jeunes, d’ailleurs, redoutent pour la plupart l’hypothèse d’une coalition avec les tories (comprenez les Conservateurs) et plébiscitent l’hypothèse avancée plus haut d’une coalition de gauche.

Par ailleurs, si je n’ai pas rencontré de jeunes envisageant de voter pour l’extrême droite, je n’ai pas vraiment cherché à en trouver non plus. Il faut dire qu’ici l’extrême droite britannique n’a pas (encore) réussi à convaincre une majorité de jeunes.

Il reste deux semaines aux électeurs britanniques pour faire leur choix. Rendez-vous donc après le 7 mai pour décrypter les résultats.

1 commentaire sur Élections générales au Royaume-Uni : à deux semaines des résultats, l’incertitude est totale

  1. moi je vote Thorning-Schmidt

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*