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En Espagne, la rue n’est pas encore bâillonnée

Alors qu’en France, l’unité nationale vient de retomber après quelques semaines de grande cohésion suite aux attentats de Charlie Hebdo et du supermarché casher de début janvier, l’Espagne se trouve, elle, plus divisée que jamais. La crise économique et le chômage touchent plus que jamais notre voisin méridional, mais les jeunes essaient pourtant de se rassembler, comme ce fut le cas à Salamanca les 25 et 26 février derniers.

L’Espagne est connu pour ses soulèvements populaires importants. Ce fut le cas par exemple en mai 2011 avec le mouvement des Indignados qui s’était exporté jusqu’en France. Mais la politique menée par le gouvernement de centre-droit, avec le Partido Popular (Parti Populaire) et Mariano Rajoy, a de nouveau poussé la jeunesse espagnole à se soulever. La Ley Orgánica para la Mejora de la Calidad Educativa (LOMCE), littéralement « loi organique pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement », prévoit effectivement une réforme importante du système éducatif à l’université.

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Départ de la manifestation sur la Plaza Mayor, la place principale de toutes les villes espagnoles

Avant de rentrer dans les détails, une petite précision sur la fac espagnole : comme en France le cursus dure cinq ans et est divisé en deux, la licence (ou grado) et le master (ou máster). Cependant contrairement à chez nous la licence se passe en quatre ans et le master en seulement un an. Et c’est justement ce que veut changer le gouvernement, en passant au système français.

Si cette loi passe avant les vacances d’été (ce qui est normalement prévu), le gouvernement, dans toute sa finesse, obligera les étudiants en troisième année à aller directement en master, sans leur permettre de choisir tranquillement leur orientation. Et pour les quatrièmes années ? Et bien il ne leur reste plus qu’à aller aussi en master, en ce remettant de leur dernière année de licence qui n’aura finalement servi à rien.

La marche a rassemblé des associations anarchistes, communistes, féministes et les syndicats étudiants

La marche a rassemblé des associations anarchistes, communistes, féministes et les syndicats étudiants

Une autre loi dans le viseur

Mais ce soulèvement est également un pied-de-nez à une autre loi, passée pour sa part en décembre dernier, et surnommée affectueusement Ley Mordaza, soit loi bâillon, ou loi muselière. Peu connu en France, cette nouvelle législation (de son vrai nom « loi organique sur la protection de la sécurité citadine ») prévoit de retirer encore plus de libertés à la rue et aux manifestants, en en donnant d’autant plus aux forces de l’ordre. Autrement dit, n’importe quel soupçon de délit envers un manifestant pourra être réprimé par une contravention ou une arrestation par les policiers. On comprend ainsi mieux le climat de tension qui règne en ce moment auprès de la jeunesse espagnole, en train de se radicaliser de plus en plus (à gauche comme à droite).

Fin de la manif' en face des facultés, avec pour slogan "Non au 3+2, pour éducation élaborée par et pour nous"

Fin de la manifestation en face des facultés, avec pour slogan « Non au 3+2, pour une éducation élaborée par et pour nous »

C’était ainsi au son des slogans, « étudiant si tu ne luttes pas, personne ne t’écoutera », « ouvriers et étudiants, unis pour aller de l’avant », « si nous sommes le futur, alors pourquoi nous enc*ler » ou encore « vive l’anarchie » que s’était passée la manifestation des 25 et 26 février derniers. Rassemblant plus de 1.000 étudiants (dans une ville qui en compte environ 15.000), la marche s’est déroulée sans débordement, encadrée par une vingtaine de policiers comme le prévoit la Ley mordaza.

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