À lire d'urgence

Et si Pablo Iglesias était en train d’uberiser les médias ?

Le 23 octobre, Rue89 publiait un article sur les émissions vidéos du parti espagnol Podemos. Sous le titre « La Tuerka », l’écrou, ces programmes sont diffusés en deuxième partie de soirée, cinq jours sur sept, sur la web TV du site national Público.

« Si les médias ne viennent pas à toi, deviens toi-même le média. » Ces paroles pleines de sens – on ne saura dire s’il est bon – viennent du leader de Podemos, Pablo Iglesias. En 2010, alors que le parti n’est pas encore créé officiellement, les quatre anciens étudiants à l’origine du mouvement des Indignés – Carolina Bescansa, Iñigo Errejón, Pablo Iglesias et Juan Carlos Monedero – lancent « La Tuerka ».

Cette émission est d’abord diffusée sur une chaîne communautaire madrilène, Tele K, puis propulsée en 2013 sur le pure player Público. En 2014, l’émission se divise en différents rendez-vous quotidiens. Une sorte de Petit Journal espagnol, une chronique féministe avec une présentatrice complètement barrée, l’interview du vendredi par Pablo Iglesias et trois émissions d’actualité.

Au départ, les Indignés ont créé l’émission pour prendre le pas sur la télévision espagnole, monopolisée par la droite dans les débats politiques. Iglesias n’hésitait donc pas à aller sur le terrain pour couvrir des manifestations, mettre en scène des entretiens avec des philosophes et intellectuels dans un décor fait main (rideau noir pour cacher l’arrière plan). Aujourd’hui, Público leur apporte le financement nécessaire pour avoir un plateau digne de ce nom. Iglesias devenu leader du parti, il transmet le flambeau à la seule journaliste de l’émission, Noelia Vera, mais continue ses entretiens hebdomadaires.

Quand les politiques jouent aux journalistes

Cet investissement des Indignés pour littéralement devenir le média de leur campagne est une nouveauté. En dehors des publications de parti, pouvant prendre la forme de journaux, aucun homme politique n’avait pris en charge sa communication de cette manière. Certes, tous les politiques sont présents sur les réseaux sociaux et font parfois tenir un blog. D’autres, en la personne de Jean-Marie Le Pen, jouent aux journalistes en réalisant un journal de bord vidéo dans lequel ils s’expriment sur l’actualité politique et font même une minute culture en s’essayant à la critique d’ouvrages qui leur ont été envoyés…

Pablo Iglesias et les Indignés vont plus loin. En s’impliquant dans tout le processus de création médiatique, le leader du parti d’extrême gauche veut toucher les vrais militants. « Les gens engagés se reconnaissent dans des journaux, des radios, des télés… beaucoup plus que dans des partis. » Cependant, même en voulant être considérée comme une télévision de gauche ouverte au débat avec les partis adverses, « La Tuerka » tend à devenir ces derniers temps une tribune de campagne pour les législatives du 20 décembre prochain.

Finalement, peut-être est-on en train d’assister à une nouvelle uberisation qui toucherait les médias cette fois. Les politiques seraient en train de comprendre qu’ils peuvent faire eux-mêmes le travail des journalistes… À quand donc un journal télévisé dont Monsieur Sarkozy serait le présentateur charismatique ? Une émission de débat animée par Monsieur Mélenchon ? Émissions où ils recevraient des journalistes parlant la langue de bois. Ainsi les uns prendraient la place des autres et on se retrouverait comme à la fin d’un fameux bouquin d’Orwell. Comme quoi les chiens peuvent faire des chats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*