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Étudier différemment avec les Moocs

Les Massive Open Online Courses sont des cours, souvent en format vidéo, gratuits sur internet. Ils connaissent aujourd’hui une grande popularité, réunissant parfois des dizaines de milliers de personnes.

À la fin de l’année 2011, Sebastian Thrun et l’université de Stanford proposent un cours en ligne sur l’intelligence artificielle. Accessible gratuitement sur le site de l’université, il rassemble 160 000 élèves venant de 190 pays. Thrun, emballé par ces résultats, quitte quelques semaines plus tard son poste à l’université pour fonder Udacity au mois de février 2012. Ce sera la première plateforme de diffusion massive de cours en ligne essentiellement dans le domaine des sciences et de l’informatique.

 

Un quoi ?

En l’espace de cinq ans, l’offre de cours massifs et connectés s’est multipliée dans la sphère éducative online. Les Moocs sont paradoxalement encore peu connus du grand public et souvent assimilés au e-learning. Mais il n’en est rien ! Ce qu’il faut retenir pour différencier ces deux systèmes d’enseignement, ce sont les aspects interactif et massif. D’une part, les plateformes d’e-learning, qu’elles soient ouvertes à tous ou réservées à un public restreint, ne permettent aucun échange entre apprenants ou avec l’équipe enseignante. Des cours sont mis à disposition, des exercices sont proposés pour mettre en application mais le dialogue est impossible. D’autre part, les Moocs ont la particularité de réunir un nombre illimité d’apprenants. L’exemple du premier cours de Thrun le prouve.

Pour avoir l’appellation « Mooc », il faut donc respecter trois critères : des cours multimédias, un espace d’interaction et réunir une masse conséquente d’apprenants.

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Les plateformes de Moocs sont toutes plus ou moins agencées de la même manière. Ici, un exemple de l’opérateur IonisX.

 

Et en quoi ça consiste concrètement ?

L’offre de cours est extrêmement variée. Cours de criminologie, découverte du système solaire, étude du Big data, introduction au journalisme de données, etc. Il y en a pour tous les goûts. Et ces cours sont dispensés par des professionnels ou universitaires, experts du sujet en question. Quatre disciplines principales se distinguent dans l’offre de Moocs : business (20 % de l’offre), sciences (22 %), informatique/technologies (24 %) et arts/sciences humaines (26 %).

Dans le milieu du journalisme, Rue89 a lancé il y a un an (le 23 avril 2014) son premier Mooc consacré à l’utilisation des réseaux sociaux. Organisés en partenariat avec l’association Global Editors Network (GEN) et l’opérateur spécialisé First Business Mooc, les contenus proposés sont réalisés par des professionnels du métier pour offrir des cours vidéos les plus qualitatifs possible. Bien qu’ils soient plus à destination d’autres journalistes, ces Moocs sont ouverts et à la portée de tous. Les cours s’étalent sur quatre semaines, à raison d’une vidéo de dix minutes maximum par jour, ponctués de quiz très simples pour tester les connaissances acquises.

 

En plus des contenus de cours, un onglet spécifique sur la plateforme donne accès à un forum où chacun peu poser les questions qu’il souhaite et répondre à des questions posées par les autres participants. C’est surtout un espace dédié aux interactions avec l’équipe éducative. Selon les opérateurs, le temps des intervenants, le financement du projet et si le sujet du Mooc les légitime, des sessions live peuvent être proposées aux apprenants. À raison d’une fois par semaine généralement, les enseignants discutent en direct avec la communauté.

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Un onglet « Discussion » est à disposition des participants du Mooc pour interagir. Cette dernière propose dans la partie gauche des sujets de discussions. Voici un exemple avec la plateforme FUN.

 

Ces formations peuvent être diplômantes ou non. Le modèle qui se développe le plus aujourd’hui consiste à proposer un accès gratuit aux cours et un accès « restreint » payant offrant la possibilité d’obtenir une certification de participation au Mooc si nos résultats aux quiz atteignent 50 % ou plus du total. Parfois, comme dans les Moocs de Rue89, l’accès payant permet de participer à une étude de cas pour mettre son apprentissage en pratique et obtenir une certification ayant plus de poids qu’un simple résultat de QCM.

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Chaque apprenant peut savoir s’il a atteint la moyenne requise aux quiz pour obtenir la certification.

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Exemple de certification. La mention CVTrust permet une authentification du certificat et la possibilité de le partager sur LinkedIn.

 

Qu’est-ce que ça m’apporte professionnellement ?

Un des problèmes soulevés par ce type d’enseignement est celui d’utiliser professionnellement les connaissances et/ou l’expérience acquises pour sa carrière. Car dire qu’on est inscrit à un Mooc ne veut absolument pas dire qu’on l’a suivi jusqu’au bout. En moyenne, seuls 2 % des participants vont jusqu’au bout de leur Mooc ; 10% sur Coursera. Les certifications sont là pour attester de l’implication du participant au module proposé.

Et il serait absurde de ne pas notifier cette participation sur son CV. Mais quelle place accorder à ce genre d’enseignement nouveau ? Trois choix peuvent être judicieux :

  • dans la partie formation de votre CV : pour les Moocs les plus proches d’une formation universitaire et en rapport avec votre projet professionnel. Par exemple, mettre en valeur un Mooc sur le marché des changes peut être envisageable pour quelqu’un aspirant à travailler dans le milieu de la finance. Un conseil, si vous n’avez pas obtenu de certification, évitez de placer le Mooc dans « formation » ;
  • plus largement, dans la partie divers / centres d’intérêts : préférez ici les Moocs ressemblant plus à des tutoriels, comme un Mooc photographie pour débutant, montage vidéo. Ou bien ceux que vous avez suivis pour votre culture personnelle et ceux sans certification ;
  • nous vous conseillons la partie compétences : comme la plupart des cours sont souvent très ciblés, vous pourrez mettre en valeur votre connaissance d’un sujet précis. Par exemple un étudiant en droit peu spécifier ici sa participation à un Mooc sur la criminologie.

Enfin, ne citez pas uniquement le titre du Mooc, précisez la plateforme où il est présent, les enseignants ayant produit le cours, la période pendant laquelle il a eu lieu et, une fois encore, si vous avez obtenu la certification.

 

C’est pour tout le monde et sans danger ?

La méthode d’enseignement des Moocs peut ne pas être approprié à chacun. Et pas uniquement chez les apprenants, qui doivent faire preuve de beaucoup d’autonomie dans leur travail. Le format vidéo nécessite une certaine aisance devant la caméra. Aisance que nombre d’enseignants n’ont pas.

Quand s’ajoute une basse qualité vidéo un sujet qui semble rébarbatif au départ, il est difficile de garder son audience… C’est le reproche que l’on fera à la plateforme FUN (France Université numérique) qui rassemble des cours réalisés par des professeurs d’écoles et d’universités reconnues (la Sorbone, l’École normale supérieure, etc.). Bien que le contenu soit à la fois très intéressant et approfondis, l’apprenant recherche un format plus interactif et, concernant les étudiants, sortant du monologue interminable du professeur derrière son bureau.

 
Dominique Boullier, sociologue et professeur à Science Po, revendique, dans une vidéo pour Thinkovery, ne pas croire aux Moocs. Il estime que l’engouement pour ces nouvelles méthodes d’enseignement va progressivement s’estomper, comme ce fût le cas pour le e-learning. Il les trouve même dangereux pour les professeurs.

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Les Moocs, selon lui, fonctionnent selon une logique de licenciement : si un professeur crée un cours gratuit, une université peut se procurer ce contenu et licencier ses professeurs qui enseignent la même discipline. En participant à un Mooc conçut par un enseignant de grande renommée, on dévalorise aussi la compétence des professeurs locaux, ajoute D. Boullier.

 
 
Bien choisir un Mooc peut permettre à quiconque l’accès à un enseignement de qualité, tout cela gratuitement. C’est une nouvelle manière de s’instruire via internet, tout en étant sûr de la fiabilité des informations qui nous sont communiquées. Précisons que seuls 15 % des participants aux Moocs sont étudiants et que ces plateformes sont encore loin de remplacer les traditionnels cours en amphi.

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Nos conseils de plateformes de Moocs en français :

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