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Face à face : Césars contre Oscars

E. Baer et NP. Harris étaient les maîtres de cérémonie des deux soirées.

La saison des récompenses s’est terminée, lundi 23 février au petit matin (heure française), alors que Birdman repartait des Oscars couvert de lauriers. De l’autre côté de l’Atlantique, c’est l’engagé Timbuktu qui, trois jours plut tôt, avait fait office de sensation durant la cérémonie des Césars. Chaque année, la comparaison entre les deux soirées est inévitable. Alors, des Césars ou des Oscars, qui a remporté le face-à-face de ce cru 2015 ?

De l’art de bien diriger une soirée

Rouage essentiel de ce type d’événement, le maître de cérémonie est le premier point sur lequel nous allons nous pencher. Au Châtelet, c’était à Edouard Baer que revenait la lourde tâche d’animer une soirée souvent raillée pour son ambiance glaciale. L’année dernière, la pourtant pétillante Cécile De France s’était cassée les dents sur un public frigide, enchaînant les bides à un rythme effréné et oscillant constamment entre le ridicule et le malaise. Habitué de l’exercice (il animait déjà les Césars en 2001 et 2002, ainsi que le Festival de Cannes en 2008 et 2009) Edouard Baer s’est parfaitement défendu, en grande partie grâce à un flegme indéboulonnable, mais pas que. Happening collectif avec Pierre Niney, François Damiens ou encore Jean Rochefort, faux-bide en forme de clin d’œil à l’une des dernières très bonnes animatrices, Valérie Lemercier, blague osée à l’encontre de Julie Gayet… L’Otis de Mission Cléopâtre a apporté aux Césars le second degré et l’auto-dérision qui leur manquaient tant.

A Los Angeles, c’est le cultissime Neal Patrick Harris, inoubliable Barney de How i met your mother, qui s’est avancé sur la scène du Dolby Theatre dans son costume de Monsieur Loyal d’un soir. Les enjeux étaient inversés : il s’agissait de maintenir la barre à la hauteur où l’avait laissée Ellen DeGeneres l’année passée, en particulier grâce à un certain selfie à 3 millions de retweets. Pour NPH, tout avait parfaitement commencé : un numéro très Broadway rappelant le show de Hugh Jackman en 2009, des petites blagues bien placées et parfois très piquantes… et puis plus rien. A une exception près, aucun des moments forts de cette cérémonie des Oscars 2015 n’étaient dus à son maître de cérémonie. Pire, il a finalement été très absent, souvent remplacé par une voix off impersonnelle annonçant le nom des prochains annonceurs de numéros. Vu la réputation du bonhomme, qui avait brillamment dirigé les Emmy et les Tony Awards par le passé, on ne pouvait qu’attendre mieux… et on en ressort très déçus.

Avantage : Césars (qui l’eut cru ?).

Musique, Maestro !

Les Césars tentent rarement d’insérer des intermèdes musicaux. Il s’agit plutôt, pour la plupart du temps, de numéros dansants comme celui de Valérie Lemercier sur la musique de Rabbi Jacob en 2010. Cette année a dérogé quelque peu à la règle, avec plus ou moins de réussite. Outre l’ouverture au piano du président Dany Boon, et le discours chanté d’Etienne Daho et Cécile Cassel, on retiendra surtout un moment. Celui-ci :

 

 

 

 

 

L’hommage à L’amour en fuite, film de François Truffaut et chanson d’Alain Souchon, par Matthieu Chedid était vraiment de bonne facture. Il tentait tant bien que mal de réveiller un peu le public du Châtelet, de les faire danser, et d’électriser l’atmosphère. Mais, lorsqu’Ibrahim Maalouf a fait son entrée, là, c’était carrément génial. Un vrai moment de grâce. Chapeaux les artistes.

Les américains, quant à eux, ont un sens aigu du spectacle. Lady Gaga, John Legend, The Lonely Island, Maroon 5… Tous étaient là pour rendre des hommages, présenter les chansons nommées à l’Oscar, ou tout simplement faire le show, comme lors du fameux numéro d’ouverture évoqué plus haut, durant lequel NPH avait été rejoint par Anna Kendrick et l’excellent Jack Black. Ces numéros sont réussis, ça c’est une certitude. Lorsque Glory, lauréate de l’Oscar, est interprétée par un John Legend assisté d’une mise en scène impressionnante, c’est toute la salle qui se lève, les yeux embués par l’émotion. Lorsque Lady Gaga rend hommage à Julie Andrews, c’est dans un respect immense, et avec une prestation parfaitement calibrée. Mais, dans une cérémonie qui dure, dure, dure et dure toujours plus longtemps, cette surabondance de chansons devient vite agaçante, surtout qu’elle est très représentative de la mièvrerie hollywoodienne : à la fois bien-pensante, hypocrite et quasi robotique.

Avantage : Oscars pour la quantité et la maîtrise, Césars pour la qualité et l’authenticité.

La French Touch ou l’American Dream ?

Vous l’aurez compris, cette année, les Césars se sont refait une beauté, à défaut d’une jeunesse. Contrairement aux années précédentes, et à l’année dernière en particulier, la cérémonie a cessé de vouloir à tout prix copier l’entertainment à l’américaine. Bien lui en a pris. Bizarrement, les Césars doivent garder un certain côté franchouillard, et prouver, comme l’a très bien fait Edouard Baer, que nos amis anglais n’ont pas le monopole du flegme. Et surtout, ils doivent laisser un maximum de place à la nouveauté, dans l’esprit de ce qu’a souligné Pierre Niney lors de son discours de remerciement. Car les meilleurs sketchs de cette 40ème cérémonie, c’est surtout à la jeune garde qu’on les doit. On l’a vu avec la séquence « théorie du complot » sortie tout droit du Before de Canal +, ou encore l’hilarant épisode de la non-moins hilarante série Casting(s), avec en guest-star, Eric Elmosnino :

 

 

 

Vous l’aurez également compris, les Oscars sont sur un créneau foncièrement différent. Le problème, c’est que cette cérémonie qui se veut internationale est en fait à l’image du paysage médiatique américain, c’est à dire excessive et hypocrite. La plupart des nommés sont blancs ? On hurle au scandale en oubliant que, un an plus tôt, 12 years a slave et Lupita Nyong’o étaient repartis un oscar sous le bras, et que depuis 2013, l’Académie est présidée par Cheryl Boone Isaacs, d’origine afro-américaine. Résultat : overdose d’anti-racisme cucul durant la cérémonie, et levée de bouclier contre Sean Penn pour sa blague, certes douteuse, sur l’origine mexicaine d’Alejandro González Iñárritu (alors même que ces deux-là se connaissent très bien, vu que le premier avait tourné pour le second dans 21 grammes). Il semble que, encore et toujours, les Etats-Unis aient besoin de prouver au monde que non, ils ne sont pas racistes. Sauf qu’à force de s’agiter dans tous les sens dans ce but, c’est l’effet inverse qui se produit. Enfin, on passera sur les incalculables coupures pubs qui parsèment la soirée, pour en arriver à un résultat : les Oscars, aussi intéressants soient-ils dans ce qu’ils disent de la production filmique mondiale, deviennent peu à peu une machine à buzz et à fric. Au même titre que le Superbowl n’est plus un événement sportif avant tout, les Oscars sont en passe de ne plus être une cérémonie de remise de prix avant tout.

Avantage : Césars.

Conclusion

Césars et Oscars sont tous deux sur une pente. Les premiers grimpent vers une cérémonie un peu plus détendue, un peu moins guindée, et surtout, un peu moins ennuyeuse. Il y a toujours quelques petites choses à régler, comme la durée interminable de certains discours, ou quelques remettants de prix toujours adeptes des bides. Mais avec une bonne dose d’autodérision, et un maître de cérémonie doué d’une bonne répartie et d’un certain sens de l’improvisation, ça passe tout de suite mieux. Les seconds, quant à eux, glissent vers une cérémonie de plus en plus impressionnante, glamour et divertissante mais également de plus en plus formatée et de moins en moins cinématographique. Nous sommes bel et bien dans l’ère de l’instantané, et les Oscars se mettent dans le vent avec un certain cynisme (cf. la petite musique qui dit gentiment aux lauréats mineurs de dégager au bout de 30 secondes). Sauf que le cinéma, ça ne s’écrit pas en 140 caractères.

 

Pour les plus flemmards, voici les + et les – de nos deux adversaires :

 

Césars

Les + :

  • Un humour bien dosé
  • L’autodérision
  • Edouard Baer
  • La prestation de -M- et Ibrahim Maalouf
  • Un début d’espoir concernant l’avenir
  • Sean Penn

Les – :

  • Toujours quelques fours bien sentis
  • La lourdeur de certains remettants et/ou lauréats
  • Dany Boon, toujours un peu aigri
  • Les discours à rallonges
  • La razzia annuelle. Timbuktu cette année, Les garçons et Guillaume à table, l’an dernier…

Oscars

Les + :

  • Une certaine magie toujours bien présente
  • Le glamour
  • Des dizaines de vedettes au mètre carré
  • Certains discours/tribunes politiques rafraîchissantes
  • La science du show des américains
  • Les quelques blagues de Neil Patrick Harris, qui laissent songeur quant à ce que ce dernier aurait pu offrir
  • Le triomphe d’un film drôle et indépendant : Birdman

Les – :

  • Une propension grandissante à l’exagération
  • Une mièvrerie et une morale bien-pensante étouffante
  • C’est long !
  • Les insupportables coupures pubs
  • Une cérémonie beaucoup trop formatée
  • L’échec quasi total de Boyhood (oui, d’accord c’est un avis personnel)
  • Sean Penn
  • Bonus Track : Laurent Weil et Didier Allouche, pour ceux qui ont suivi la cérémonie sur Canal +. Pitié, faîtes les taire.

 

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