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L’ancien Palais de Justice désenchanté pour la Biennale Dak’art 2016

En février dernier, nous vous proposions un photoreportage sur l’ancien Palais de Justice de Dakar. Nous avions alors pénétré dans un bâtiment labyrinthique poussiéreux où le sol était recouvert de documents vieux d’il y a dix ans. Trois mois plus tard, nous y sommes revenus car l’exposition internationale de la Biennale Dak’art 2016 s’est installée entre ces murs. Et en y entrant de nouveau, nous avons eu du mal à en croire nos yeux…

 

Choqué dès l’entrée

Dès notre arrivée sur le parvis du Palais de Justice abandonné, cette couleur bleue pastel contraste totalement avec le reste du bâtiment. Pour la Biennale 2016, l’exposition internationale avait pour thème et titre “Réenchantement”. Le commissaire de cette exposition, Simon Njami, a réuni une soixantaine d’artistes à l’intérieur de ce bâtiment, inutilisé depuis 2005.

 

C’est du propre !

La plus grosse surprise nous attend après avoir passé l’une des trois portes azur. Plus rien. Là où, il y a quelques mois, s’enchevêtraient papiers, meubles démontés, bureaux et chaises éventrés, le sol carrelé – qu’on ne distinguait pas alors – nous apparaît, quasiment luisant ! Dès lors, malgré les œuvres qui sont exposées – certaines sont magnifiques – notre regard est obnubilé par la manière dont l’ancien tribunal a été réaménagé.

 

Salles d’audience réenchantées en galeries d’art

Seule la salle d’audience A a été recouverte de terre pour les besoins de l’installation du Camerounais Bili Bidjocka. L’artiste a utilisé la terre comme matière première pour pocher sur les murs de la salle des termes tels que « Révolution » ou le titre de son oeuvre, centré sur le mur du fond, « Ceci n’est pas mon corps, vous ne pouvez pas le consommer ». C’est dans cette salle que nous avions pris en photo, en février, le classeur qui était resté posé proprement sur le sol quand tous les autres meubles étaient renversés. Nous l’avons retrouvé couché sur le sol, une pelle ayant pris sa place. Le message nous est paru clair : il faut construire le futur en faisant du passé table rase. Tout le thème de cette exposition en somme.

 

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La seule salle qui n’a pas eu besoin d’un coup de balais. Bili Bidjocka, « Ceci n’est pas mon corps, vous ne pouvez pas le consommer » – Crédit : NC

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La terre est la matière première de l’artiste, il l’a utilisée pour pocher toutes les expressions sur les murs. – Crédit : Nicolas Certes

 

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Tel César sur son trône ! Fabrice Monteiro, Père de la Nation « Ceci n’est pas un Phoenix » – Crédit : NC

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Une forêt bien lugubre. Kader Attia, « Les Rhizomes infinis de la révolution » – Crédit : NC

 

Certains artistes exposants se sont servis des lieux pour construire leurs œuvres. Ici l’entrée de la Cour suprême a été condamnée par un panneau bleu marine orné d’une inscription construite en néons. D’autres investissent des salles entières comme Bili Bidjocka, vu plus haut, ou l’installation de Fabrice Monteiro, Père de la Nation « Ceci n’est pas un Phoenix », ou encore la forêt d’arbres en tiges de fer à béton de Kader Attia située en sous-sol (Les Rhizomes infinis de la révolution).

 

Trou

Partout où le visiteur est censé passer, les trous ont été rebouchés, les murs repeints d’un blanc immaculé faisant tache comparé à la poussière qu’il y avait auparavant. Le jour du vernissage, la peinture était encore fraîche à certains endroits. Partout où le visiteur ne devait pas aller, les issues ont été condamnées. Et on n’y est pas allé au placo ou au simple rideau, non, on a édifié des murs entiers pour sceller certaines pièces. Selon Roxana Azimi, l’envoyée spéciale du Monde à Dakar pour l’événement, « l’état d’avancement de l’exposition centrale “Réenchantement”, organisée pour la première fois dans l’ancien Palais de justice de Dakar, était tel, lundi 2 mai, qu’on peinait à imaginer son inauguration le lendemain. […] Par ailleurs, mardi matin, à deux heures de la réunion officielle lors de laquelle les membres du jury devaient décerner les prix de la Biennale, seules 40 % des œuvres étaient accrochées. »

 

Salle des pas perdus

« 
Je savais que c’était un challenge. J’ai obtenu cet espace, la Cour de justice, qui était une condition sine qua non. Je voulais casser avec la routine et disposer d’un vrai espace contemporain. Ce lieu, qui était fermé depuis vingt ans, existe soudain dans toutes les têtes, au point que l’administration se pose la question d’en faire un musée d’art contemporain. C’est ici qu’avait eu lieu le volet “art contemporain” du premier Festival des arts nègres de 1966. »
Simon Njami, commissaire de l’exposition internationale de la 12e Biennale de Dakar
Source : Le Monde

 

Mais où sont passés les papiers, les papiers, les papiers ?

C’est à se demander où ont bien pu avoir été transférés tous les débris, les vieux meubles, etc. Dans une décharge peut-être ? En sortant de l’exposition, après avoir contemplé les œuvres des 65 artistes exposants, comme nous connaissions bien le bâtiment, nous nous sommes demandés si les entrées latérales (fenêtres cassées, passages ouverts, etc.) avaient subies le même sort que les salles emmurées autour du grand hall. Comme nous nous y attendions, les entrées n’étaient ni gardées, ni condamnées. Donc nous sommes rentrés à nouveau dans cette partie du bâtiment inutilisée pour l’expo. Et là, surprise !

 

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