À lire d'urgence

Le porte-documents : Édition spéciale des Assises du journalisme

(L)aTTitudes vous propose un nouveau format. Pour les événements, les actualités que nous souhaitons développer vraiment mais qui seraient trop lourds à lire d’un coup, nous les présenterons sous forme d’épisodes, de chapitres, bref en plusieurs parties. Comme ça, on vous donne une info de qualité et vous n’êtes pas submergés.

Le premier porte-documents s’atèle à la journée spéciale des Assises du journalisme qui se renouvelaient exceptionnellement, vendredi 13 mars, pour ouvrir le débat au sein de la profession et du public après les attentats de janvier. « Et maintenant on fait quoi ? »

 

Doc 1. Un objectif, l’éducation aux médias et au « décryptage de l’information »

Une journée riche

Arrivée à 9 heures. Une petite file d’attente, d’une dizaine de personnes pour le moment, à l’entrée du Centre économique, social et environnemental (CESE). Contrôle d’identité et remise de badges. Puis, en entrant, passage des effets personnels aux rayons X et passage de soi-même au détecteur de métaux. Des mesures de sécurité tout à fait légitime au vu du thème des débats de la journée.

Les organisateurs des Assises du journalisme ont décidé, à raison, d’organiser une édition spéciale de cet événement, annuel normalement. Mis en place rapidement, deux mois après les attentats, la journée n’en a pas été moins riche, bien au contraire.

À 10 heures, les quelques quatre cent personnes se dirigent au choix vers l’une des quatre salles respectivement attribuées aux quatre ateliers prévus pour la matinée : Liberté d’expression, devoir d’informer et responsabilité ? ; Éducation à l’information, éducation des médias ? ; Territoires oubliés de la République, territoires mal traités par l’information ? ; Les leçons éditoriales de janvier. Chaque atelier durait trois heures et devait traiter deux angles. Nous avons décidé de nous rendre à la table ronde sur l’éducation aux médias.

Après le buffet, proposé entre 13 et 14 h 30, l’après-midi était organisé dans l’hémicycle du CESE, où son président, Jean-Paul Delevoye, a prononcé son discours d’accueil, avant de laisser la place aux rapporteurs des ateliers matinaux. Enfin, de 16 à 19 heures, le débat de clôture portait sur la question d’être ou ne pas être Charlie. Gérard Biard, le rédacteur en chef de Charlie, y était et à donc pu s’exprimer sur cette question…

 

L’éducation et la formation aux médias

Bien qu’un des ateliers y soit entièrement consacré, la question d’élargir et de systématiser l’apprentissage des méthodes d’accès à l’information, de vérification de celle-ci, etc. a été posée dans deux des trois autres ateliers. Sans être centrées sur l’éducation des enfants à l’école, les propositions faites s’élargissent à la formation dans les écoles de journalisme même et à celles des enseignants, des élus locaux et de la société civile.

L’accès aux écoles de journalisme est encore trop réservée à un certain milieu social. Ce reproche est revenu à plusieurs reprise. L’expérience de la « Classe prépa égalité des chances ESJ Lille / BondyBlog » a été saluée et encouragée à être dupliquée. Dans sa restitution de l’atelier « Territoires oubliés de la République« , Nordine Nabili, directeur du Bondy Blog, note que « pour faire entrer des profils issus des quartiers dans les rédactions, il faut développer la formation au sein des universités pour ouvrir la profession aux étudiants des catégories populaires, mais aussi dans le cadre des « Contrats professionnels en alternance ». » Cette demande d’une autre voie pour intégrer les écoles reconnues a été clamée haut et fort durant l’atelier « Éducation aux médias » par Jean-François Cullafroz (CFDT).

 

La formation des enseignants s’avère primordiale. Comment expliquer à des élèves très jeunes des horreurs comme celles qui se sont produites le 7 et le 9 janvier sans les choquer ou les amener à l’amalgame ? Comment apprendre aux élèves connectés aux réseaux sociaux à distinguer les bonnes informations, sourcées et vérifiées, des posts lancés à la va-vite ou complotistes ? Cela nécessite un apprentissage de la part des futurs professeurs et aussi des interventions des professionnels de l’information dans les établissements scolaires. Le rapport de Divina Frau-Meigs, directrice scientifique du CLEMI, sur l’atelier « Éducation aux médias«  souligne « la nécessité d’une liaison interministérielle […] car les médias dépendent de la Culture tandis que les enseignants dépendent de l’Éducation nationale. La nomination de Jérôme Bouvier [fondateur des Assises] à la « mission éducation aux médias et à la diversité » [en février 2014, ndlr] permet d’envisager des relais possibles sur cette thématique. » On peut donc espérer, avec les réserves citoyennes notamment – lancées par Najat Vallaud-Belkacem en février dernier – un retour à une relation de partenariat entre journalistes et enseignants, encore trop en situation de mutuel rejet.

« La formation des acteurs locaux à la « grammaire » médiatique est une urgence. » Les discussions pendant l’atelier sur les « Territoires oubliés de la République » ont souligné la possibilité pour tout le monde, aujourd’hui, de créer facilement et gratuitement « un média en ligne et de l’alimenter en informations sous de multiples formes pour des publics extrêmement variés. » Il apparaît alors « nécessaire de mettre en place un programme national « Nouveaux médias/Nouveaux usages » en direction des élus locaux, des acteurs des quartiers populaires. » La variété des informations produites sera aussi « une source nouvelle pour les journalistes professionnels. »

 

De nombreuses idées ont été évoquées, notamment dans l’atelier où (L)aTTitudes se trouvait : Éducation à l’information, éducation des médias ? Nous avons résumé ici les temps forts de cette matinée.

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