À lire d'urgence

Les Backpackers en Grèce

Un nouveau duo de routards fait son entrée chez (L)aTTitudes ! Ils ont décidé de faire un tour d’Europe à pied et en stop. Partis d’Angoulême, ils ont d’abord traversé le sud de la France, avant de se balader en Italie. On a pris de leurs nouvelles pendant leur tour de la Grèce, à la veille du référendum du 5 juillet dernier.

 

Quatre heures d’attente sur une aire d’autoroute en faisant du stop. Personne ne voulait les prendre. On leur dira plus tard que les Grecs ne comprennent pas le principe du stop. Ils pensent que lever le pouce pour se déplacer est une punition pour ceux qui le pratiquent. Un homme parlant français leur dira même qu’ils n’auraient pas dû accepter le short qu’un autre homme leur avait donné. C’était un geste de pitié : ce dernier devait penser qu’ils étaient pauvres ou qu’ils voulaient migrer.

Ils ne sont pas au bout de leur surprise.

« Il y a un quartier d’Athènes qui est réservé exclusivement à la drogue. Il est environ 23 heures quand le mec qui nous a pris en stop s’arrête et nous dit de descendre de la voiture. On ne peut pas l’y attendre parce que c’est dangereux et la police peut t’embarquer. On attend deux minutes devant une maison. Un homme et une femme gitans arrivent en scooter. Ils ouvrent le portail de la maison, le referme. Au premier étage de la maison il n’y a rien, on dirait que c’est en travaux. À l’intérieur de la maison, il y a une jeune femme que j’aperçois seulement car elle va se cacher. Il y a un berceau de bébé aussi. La maison est luxueuse : du fric partout, des objets brillants, du cognac en déco, des faux diamants incrustés sur le canapé. On nous dit de nous asseoir sur le canapé. Pendant ce temps les deux gitans et le mec du stop font leur deal. On fait comme s’il n’y avait rien de grave pour ne pas qu’il y ait de problème. Au final c’est une deal house. Personne n’habite dedans, elle sert juste à1 vendre de la drogue. »

Après cette petite frayeur, le conducteur les a hébergé chez lui et leur a proposé de le rejoindre, plus tard à Zakynthos, une des îles ioniennes, où il tient un bar.

 

Entre temps, ils ont fait un petit tour de Grèce où ils ont quand même réussi à se faire prendre en stop ! « Il faut apprendre la patience mais au final les gens qui s’arrêtent sont vraiment extras ! Ils ont le cœur sur la main, direct ils vont t’inviter chez eux, t’inviter à boire le café, alors qu’ils n’ont rien. On a eu des énormes festins alors qu’ils ont peut-être même pas assez d’argent pour finir leur maison ! » De belles rencontres qui donnèrent lieu à un partage sur leurs histoires respectives et la situation du pays.

 

Des taxes, des magouilles et des sacrifices

On le sait, pour essayer de payer sa dette, la Grèce a dû prendre des mesures austères. Hausse de la TVA et création de nombreuses taxes des plus farfelues. On leur a parlé de la pléthore de taxes sur les voitures : en plus de l’assurance, les Grecs doivent payer une taxe d’entretien des routes (en dehors des péages), ainsi qu’un macaron à mettre obligatoirement sur la voiture mais qui ne sert à rien… Le gouvernement aurait aussi instauré une taxe de plusieurs centaines d’euros sur les naissances.

 

On évoquait plus haut l’étage de la deal house qui ne semblait pas fini de construire. Une grande majorité, si ce n’est toutes les maisons ne sont pas finies de construire pour ne pas payer d’impôts. Il suffit que les armatures de poteaux n’aient pas été coupées sur les toits des maisons pour qu’elles soient toujours considérées comme en construction, ce qui permet aux familles de ne pas être imposables. Même les supermarchés en profitent. Concernant les habitations où tout un étage n’est pas terminé, soit la famille n’a pas eu assez d’argent pour payer l’entreprise, soit l’entreprise elle-même a fait faillite.

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Beaucoup plus macabre. Il n’y a jamais eu autant de suicides depuis cinq ans. Certaines familles croulent sous les dettes au point que les pères de famille prennent une décision en désespoir de cause. Ils mettent toutes les dettes du foyer à leur nom et se suicident afin que les remboursements soient annulés. Car les dettes impayées à la mort de quelqu’un ne se répercutent pas sur la famille en Grèce.

 

Nai ? Oxi ?

Et pendant cette période si particulière pour les Grecs, chaque famille, chaque personne avec qui les Backpackers échangeaient prenait un moment, une petite demi-heure souvent, pour évoquer le fameux référendum.

Pour beaucoup, l’incertitude était totale devant les enjeux soulevés par cette question. Les Grecs rencontrés estimaient vivre un moment historique mais ne savaient pas du tout ce qui allait se passer, à quoi cela rimait. Yanis et Elestheria sont deux paysans d’une quarantaine d’années qui allaient voter « Oxi » (non) mais sans être emballés, et par confiance envers le Premier ministre. Ils apprécient Alexis Tsipras pour son honnêteté envers le peuple. « Ce qu’il dit, il le fait. » Depuis quatre mois, ils ont l’impression d’avoir retrouvé un leader à la tête du gouvernement. Mais, comme la plupart des personnes rencontrées, ils allaient voter sans savoir ce qu’il allait se passer en conséquence la semaine suivante…

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On leur a beaucoup évoqué la manipulation des médias. Stathis et Thenida, un couple de quinquagénaires qu’ils ont rencontré sur une plage isolée du côté d’Éléa (Péloponnèse), leur montraient que Facebook censurait le débat sur son réseau. Les articles que voulaient partager les pro-non n’étaient pas affichés sur leurs murs. À la radio, Tsipras était omniprésent. Quant à la télévision, les téléspectateurs se moquent beaucoup des programmes et de l’information transmise puisqu’elle ne reflète absolument pas la réalité dans laquelle sont plongés tous les Grecs.

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Une chose surprenante dans ces discussions est que le président français est très apprécié en Grèce ! François Hollande est considéré comme le président européen qui porte le plus d’intérêt à cette crise et qui cherche la solution la plus viable pour les habitants. « Hollande, you’re the one ! You’re the one ! », une vraie star.

Il y a enfin un point qui fait l’unanimité : la haine envers Angela Merkel et, par extension, les Allemands en général. « Bastardo Merkel ! » revenait beaucoup dans les conversations. Et on a souvent demandé aux deux voyageurs s’ils étaient Allemands. Certaines personnes ont avoué qu’elles ne les auraient pas hébergés s’ils étaient venus d’Outre-Rhin. On ne conseillera donc pas à la chancelière d’aller y prendre des vacances au risque de se faire trucider.

Pour tous les autres, voici quelques photos qui donnent envie !

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