À lire d'urgence

Photoreportage : l’état d’urgence en ligne de mire

Cortège de manifestants anti-état d'urgence
Toujours au plus près de l’action, notre photo-reporter Jean-Eric était au coeur des manifestations du 12 décembre à Nantes. La cible de ces rassemblements : la COP21 et surtout, l’état d’urgence et sa prolongation polémique.

L’état d’urgence en quelques lignes

Paris, 14 novembre 2015 : suite aux attaques meurtrières qui viennent de se dérouler dans la capitale, François Hollande, conformément à la Constitution, décrète l’état d’urgence pour une période de 12 jours sur l’ensemble du territoire métropolitain et de la Corse. Les 19 et 20 novembre, l’Assemblée nationale et le Sénat votent la prolongation de l’état d’urgence pour une durée de trois mois à compter du 26 novembre en adaptant certaines dispositions de la loi du 3 avril 1955 à la menace et aux réalités nouvelles (l’informatique et les téléphones mobiles n’existaient pas en 1955).

Cette loi accroît les pouvoirs de police administrative du ministre de l’Intérieur et des préfets, sans préjudice des pouvoirs de police judiciaire déjà en place. La police administrative, par nature préventive, tend à prévenir les infractions alors que la police judiciaire a pour objet de réprimer les infractions avérées. Dans ce cadre, la police peut effectuer des perquisitions sur ordre des préfets (même hors du cadre d’une enquête judiciaire). De plus, ces perquisitions peuvent s’effectuer en dehors des heures légales (6 heures – 21 heures).

Si des infractions sont constatées (saisies d’armes, de documents, d’argent liquide litigieux, de stupéfiants…) lors de ces perquisitions administratives, le procureur de la République est alors saisi immédiatement afin d’enquêter et de donner une suite judiciaire à ces infractions. Des assignations à résidence de personnes susceptibles de créer un trouble grave à l’ordre public sont décidées par le ministre de l’Intérieur. Il s’agit de mesures restrictives, qui ne privent pas totalement les assignés de liberté.

La fermeture de salles de spectacles, des lieux de réunion relève également de la décision du ministre de l’Intérieur. Cette loi, dite « d’exception », date de 1955. Elle a été utilisée pendant la guerre d’Algérie, les émeutes de Nouvelle-Calédonie de 1984 et celles de 2005 en France métropolitaine. Selon plusieurs articles parus dans la presse nationale, le bilan de l’état d’urgence au 11 décembre 2015 est de 2 500 perquisitions, plus de 300 gardes à vue, 354 assignations à résidence et 39 armes de guerres trouvées.

Militants écologistes

Militants écologistes.

Peu de temps après le vote de la prolongation de l’état d’urgence, de nombreux citoyens et mouvements politiques, très critiques sur l’efficacité et surtout sur l’utilisation de cette mesure, font connaître leur position dans différents médias. Contrairement aux idées reçues, les groupes politiques opposés à l’instauration de l’état d’urgence ne sont pas seulement d’extrême gauche ou anarchistes, il y a aussi un grand scepticisme chez les souverainistes notamment à l’Union pour la République ou encore chez les libéraux et libertariens français comme en témoignent plusieurs articles parus sur leur journal de référence : Contrepoints.

Pancarte anti-libéralisme

Pancarte anti-libéralisme.

La manifestation nantaise du 12 Décembre

Le rassemblement du Samedi 12 Décembre fait suite à celui du 4 qui s’est soldé par plusieurs manifestants blessés après une charge de la Police Nationale. C’est pourquoi la manifestation du 12 a commencé dans un climat tendu.

Militant anti-COP21

Certains militant critiquent les négociations de la COP21 et le font savoir.

Tract sur la mort de Babacar

Tract sur la mort de Babacar

Ce jour là il y a deux rassemblements dans la métropole Nantaise : un premier à 14 heures contre la faiblesse des négociations de la COP21 et un second à 15 heures place du Bouffay contre l’état d’urgence. A partir de 15 heures une partie du premier cortège se joint au second rassemblement. Les prises de paroles sont dirigées contre les violences policières en règle générale. Mais elles se concentrent plus particulièrement sur celles qui ont eu lieu le 4 décembre, ainsi que sur la mort tragique d’un Rennais de 27 ans abattu par la police quelques jours auparavant.

Ce rassemblement d’environ 600 personnes est composé de militants politiques, d’associations écologistes, de syndicats mais aussi de citoyens de tous âges très critiques envers l’état d’urgence. Le dispositif policier est surtout visible autour de la préfecture à l’inverse du mois de février où gendarmes mobiles et CRS étaient disposés tout au long du parcours. Durant la marche, il n’y a pas d’incidents majeurs à déplorer. Quelques boules de peinture sont jetées sur des lieux symboliques, comme les bâtiments d’EDF ou de Vinci, par des militants cagoulés qui sont vivement critiqués par une partie du cortège. Des feux d’artifices ont été lancés en direction de la police à la fin de la manifestation de retour place du Bouffay.

Cortège Cours des 50 otages

Cortège Cours des 50 otages

Manifestants

Cortège Cours des 50 otages

Peinture sur le logo EDF

Peinture jetée sur des lieux symboliques

Cortège remontant la rue de Strasbourg

Cortège remontant la rue de Strasbourg

CRS dans une rue perpendiculaire à la rue de Strasbourg

CRS dans une rue perpendiculaire à la rue de Strasbourg

Militant anarchiste

Militant anarchiste

Un des faits les plus notables est l’arrivée d’un drôle de prédicateur chrétien arborant une veste noire sur laquelle est inscrit « A fond la vie avec Jésus Christ » avec une crèche fixée au guidon de son vélo. Cet homme se met à danser entre les militants et les forces de l’ordre en scandant le nom de Jésus pendant que les feux d’artifices étaient lancés en direction du dispositif policier.

Dispositif policier place du Bouffay en fin de manifestation

Dispositif policier place du Bouffay en fin de manifestation

"Prédicateur" chrétien et militant

« Prédicateur » chrétien et militant

Pendant les jets de feux d'artifice le "prédicateur"danse entre les militants et la police

Pendant les jets de feux d’artifice le « prédicateur »danse entre les militants et la police

Après sa danse endiablée le "prédicateur" joue de la caisse claire devant la police

Après sa danse endiablée le « prédicateur » joue de la caisse claire devant la police

En clair, à l’inverse de ce que l’on aurait pu croire compte tenu du climat politique actuel, ce fût une manifestation très calme, aux antipodes de celles qu’a connues Nantes ces dernières années.

Militant anarchiste à la fin de la manifestation, brandissant un drapeau noir

Militant anarchiste à la fin de la manifestation

Pour aller plus loin :

Photos de Vincent Feuray concernant la marche en hommage à Babacar : http://www.vincentfeuray.com/marche-en-hommage-a-babacar-gueye-tue-par-la-police-a-rennes/

Photos d’Emmanuel Brossier et de Kevin Niglaut sur la manifestation Nantaises du 12 Décembre 2015 : http://emmanuel-brossier.com/nantes-rassemblement-contre-letat-durgence/

http://kevin-niglaut.com/albums/a-nantes-defile-tendu-contre-letat-durgence/

Communiqué de l’UPR sur l’état d’urgence : http://www.upr.fr/communiques-de-presse/lupr-exprime-son-horreur-devant-les-massacres-de-paris-mais-maintient-son-agenda-de-campagne-electorale-en-refusant-de-ceder-a-la-psychose-ambiante

Articles du journal libéral Contrepoints concernant l’état d’urgence : https://www.contrepoints.org/tag/etat-durgence

Compte rendu de la manifestation du 4 Décembre 2015 qui s’est soldée par plusieurs blessés : https://nantes.indymedia.org/articles/32590

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