À lire d'urgence

Peur sur la ville

Samedi 17 octobre, à l’occasion du Festival Lumière de cinéma à Lyon, se tenait la Nuit de la Peur. Quatre films étaient projetés devant quelques 4 500 personnes de 21 heures à 6 heures le lendemain. En quête de frayeur, nous nous sommes faufilés dans les rangs pour passer une nuit noire.

 

20 heures, 2 degrés, la nuit est déjà tombée. La séance est censée commencer dans une heure mais la file d’attente est déjà longue. Deux contrôles nous attendent avant de pouvoir aller chercher une place : le premier devant le portail, dehors, pour la fouille des sacs ; le suivant à l’entrée de la Halle, où l’on présente sa place, réservée au préalable. Ceux qui pensaient pouvoir acheter une place au dernier moment ont été déçus d’entendre que la soirée était complète. Ils n’avaient plus qu’à espérer trouver quelqu’un qui traînait aux alentours pour vendre sa place.

Chaque année depuis sa création en 2009, le Festival Lumière propose une nuit spéciale consacrée à un genre cinématographique, une saga, etc. Après la science-fiction en 2011 ou une Nuit Monty Python en 2013, la Nuit du Cinéma s’ouvrait cette année aux films d’épouvante. Au programme : The Thing(J. Caprenter, 1982), La Nuit des morts-vivants (G. A. Romero, 1970), Insidious (J. Wan, 2010) et Evil Dead (S. Raimi, 1981).

Une fois rentré, il faut se fondre dans la masse pour trouver une bonne place. Comme les sièges ne sont pas attitrés, les premiers arrivés sont les premiers servis. On distingue les habitués de cet événement très facilement. Tous ceux qui ont apporté un coussin ou un plaid ont pu améliorer le confort des sièges en bois qui, il faut bien l’avouer, ont malmené les dos et derrières en fin de séance. Pour les moins courageux, qui n’ont pas voulu/pu tenir la nuit entière, un espace dortoir avait été aménagé derrière l’écran de projection dans une ambiance très futuriste.

DSC_7711

Un chemin en néon et des projecteurs, idéal pour dormir ! – Crédits : (L)aTTitudes

 

21 heures. La lumière diminue jusqu’au noir complet. Les applaudissements gagnent toute la salle. Avant le lancement du premier film, une vidéo de promotion du Festival démarre, puis Thierry Frémaut, directeur de l’Institut Lumière (instigateur du Festival), monte sur scène pour un discours très détendu et lance une vidéo rétrospective de quelques rôles phares du maître de cérémonie : Alain Chabat. Après la scène du « serial killer » et la Carioca dans La Cité de la peur ou son interprétation de César dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, on invite le comédien sur scène. De loin, il semble arriver avec une perruque sur la tête mais non, l’acteur, qui se fait rare désormais, a bien changé de look pour une coiffure mi-longue poivre et sel. En présentant les films de la nuit, le comédien avoue avoir un petit faible pour Evil Dead qu’il trouve « magnifique, vraiment génial. » Il n’a en revanche jamais vu Insidious parce qu’il avait « très peur de le voir. Donc je ne peux pas vous dire grand chose sur Insidious si ce n’est que ça fait un très bon nom de Romain dans Astérix . « Centurion Insidius ? Oui centurion Fastandfurius, que voulez-vous ? » D’ailleurs il a fait le 7, James Wan. Bon bref. »

DSC_7714b

Alain Chabat est revenu sur scène au milieu de la nuit pour un interlude très RRRrrrr !!! – Crédits : (L)aTTitudes

 

Quatre films, quatre ambiances

the-thing-1982-poster-affiche1
 

Très bonne entrée en matière, ce film de John Capenter est chaleureusement applaudit dans les premières minutes où défilent les noms du casting. S’ensuit une atmosphère moins tendue que concentrée. Quelques grimaces lors des premières scènes où la Chose apparaît. Savoir que les effets spéciaux sont réalisés sans images de synthèse, à l’ancienne, peut surprendre tant ils sont bien travaillés. Un éclat de rire général s’élève quand une tête humaine à pattes d’araignée sort d’une chambre d’autopsie en arrière plan d’une scène. Bien que le film « ne fasse pas spécialement peur » selon certains, d’autres soulignent la tension créée à l’arrivée du husky dans la base américaine ou certaines scènes pouvant surprendre par leur soudaineté.

 
 

Chaque film est entrecoupé de vingt minutes d’entracte, où chacun peut aller aux toilettes, fumer ou chercher de quoi manger et boire au bar. Avant la projection de La Nuit des morts-vivants, une vidéo hommage à l’acteur Christopher Lee, disparu le 7 juin dernier. Il était connu pour son interprétation du compte Dracula (1966) ainsi que dans des films plus récents comme dans Le Seigneur des anneaux (trilogie et dans Le Hobbit), Hugo Cabret de Martin Scorsese ou dans Star Wars.

 

la-nuit-des-morts-vivantsPremier film du genre, la scène introductive est assez bâclée. Le premier zombie arrive dans les cinq premières minutes, on ne sait d’où. Au fur et à mesure, un détail semble faire l’unanimité dans la salle : le jeu de Judith O’Dea qui interprète Barbara, l’un des personnages principaux. De nombreux fous rires éclatent déjà quand elle essaie d’échapper au premier mort-vivant. Les applaudissements viennent même approuver la claque que lui met Ben – qui l’a sauvée plus tôt – alors qu’elle est en plein délire. Sûrement trop vieux pour faire peur aujourd’hui, le film a donc plus diverti qu’épouvanté. Hormis cela, en précurseur du film de zombie, George A. Romero aborde tous les lieux communs du genre. Et la fin est des plus inattendues !

 

Nous sommes à la moitié de la soirée, il est 1h30… La fatigue se fait sentir, un bon café est nécessaire. En remontant vers les gradins, on entend la voix d’Alain Chabat derrière nous. Il est revenu sur scène et fait l’appel de tous les Pierre de la salle, avant de prévenir que « Ça va être tout noir ! » On s’approche donc et voici qu’il sort son portable :


 
 

19720507.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

2 heures. Les choses sérieuses commencent. Beaucoup l’ont déjà vu mais tout le monde l’attendait, même Chabat. On sait tous qu’on va avoir peur, l’atmosphère est pesante. Pendant toute la première partie du film, l’angoisse est au maximum. La puissance des haut-parleurs démultiplie l’effet des jump scares (procédés utilisés pour faire sursauter le spectateurs). Les cris ponctuent tout le film. Les poils se hérissent, on ronge ses ongles, on s’agrippe à son voisin avant, pendant et après une scène, etc. Bref, pour le coup, on a peur. La deuxième partie, moins réaliste, virant au fantastique, reste angoissante bien que la frayeur du début s’apaise dans la salle. La fin est typique du film d’horreur, l’intrigue de départ n’est pas résolue et un petit jump scare clôt la séance. La pause arrive à point nommé. Il est 3h30 mais la frayeur passée nous a bien reboostés.

 
 
 

DSC_7709

La Halle Tony Garnier (Lyon) était pleine à craquer. Une vraie fourmilière pendant les entractes. – Crédits : (L)aTTitudes

 

evil-dead-original-1981-poster

 

4h00, lancement du dernier film. L’adrénaline insufflée par Insidious commence à s’épuiser, les paupières s’alourdissent mais il faut tenir ! On comprend vite que là aussi, la trame du film est un peu bateau. Un groupe de jeunes qui part en vacances pour aller dans une cabane prête à s’effondrer, en plein milieu de nulle part, même dans les années 80, ça ne doit pas courir les rues. Bref, ici c’est le dégoût qui va prédominer dans la salle. Et pour cause, après une scène très… WTF (pas d’autre mot ne nous est venu pour qualifier assez fidèlement cette scène) dans les bois, tout le film tire sur le gore à outrance. Les scènes d’agonie sont effroyablement longue et dans la surenchère. C’est répugnant, il faut bien le dire. « Mais au moins ça fait réagir, on grimace, on est dégoûté » soutient Nathan qui avait déjà vu le film et ne s’en lasse pas quand Dakota, elle, ne pense qu’à aller vomir.

 

La programmation de la Nuit de la Peur a fait passer les 4 500 veilleurs par tous les états que suggèrent les films d’horreur. La tension, l’effroi, le dégoût et mine de rien… le rire. Comme promis un petit déjeuner nous attend à la sortie. Il est 5h45, il fait toujours nuit. Heureusement qu’on ne rentre pas seul, on n’est pas à l’abri de tomber sur une chose morte-vivante possédée au coin d’une rue…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*